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Une enquête sur l’après foyer

Décembre 2006

Disposant de 97 lits, le Foyer l’Oasis (Paris 6e) accueille des jeunes femmes en formation ou qui font leurs premiers pas dans la vie active. Depuis 2003, son équipe réalise une enquête sur l’accès au logement autonome des résidantes du foyer. Les données recueillies en 2005 témoignent des difficultés grandissantes que rencontrent les jeunes pour trouver une chambre ou un appartement.


Dans les foyers, le constat en matière de logement est souvent le même. Les durées de séjour s’allongent et de plus en plus de jeunes sont obligés de retourner dans leurs familles ou de trouver une solution de dépannage, une fois la durée maximum de séjour atteinte, à savoir deux ans. Pour avoir une idée plus précise de la situation, le Foyer l’Oasis fait une enquête depuis quatre ans sur l’accès au logement autonome. « C’est parti d’un travail qu’on avait fait sur les aides au logement pour la caisse d’allocations familiales qui, au titre de l’action sociale, soutient les foyers de jeunes travailleurs, explique Marie-Josèphe Verduron, animatrice. Fin 2002, les responsables nous ont fait part de leur souci de savoir où allaient les résidantes à la sortie. Nous avons décidé de travailler sur trois axes : la façon dont elles trouvent, le type de logement qu’elles trouvent et le prix du loyer. »

Qui trouve ?

En 2005, cent vingt six résidantes ont quitté le foyer. Parmi elles, seulement 28% ont accédé à un logement autonome. « C’est 10% de moins qu’en 2004, note Michèle Dancette, la directrice. Beaucoup de résidantes retournent dans leur famille suite à une fin de stage ou à un changement dans leur situation professionnelle ou personnelle. » Cela ne fait que confirmer ce que dénonçait, en février dernier, la Fondation Abbé Pierre dans son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France : les jeunes sont parmi les premières victimes de la crise du logement, particulièrement aigue en région parisienne. Beaucoup de résidantes qui parviennent à se loger ont un contrat de travail à durée indéterminée. La plupart, cependant, ont recours à leur famille pour pouvoir payer la caution. « Les bailleurs sont de plus en plus exigeants. Même si nous ne faisons pas de statistiques sur ce point, nous avons remarqué que peu d’entre eux acceptent le Loca-pass », note Marie-Josèphe Verduron. Mieux vaut avoir un emploi stable et les moyens de payer d’un coup les frais d’entrée dans un logement locatif si on veut prendre son envol. « Beaucoup de nos résidantes sont en contrat à durée déterminée ou en intérim. Cela réduit leur chance de trouver, poursuit l’animatrice. D’une année sur l’autre, on s’aperçoit aussi qu’elles emménagent dans des appartements beaucoup moins grands et confortables qu’avant. »

Quel type de logement ?

Alors qu’en 2004, 55% des résidantes ayant trouvé un logement ont emménagé dans un studio, elles ne sont plus que 37% en 2005. De plus en plus de jeunes femmes sont obligées de se contenter d’une chambre de moins de 10 m². « Il y a quelques années, c’était plutôt rare alors que maintenant cela concerne plus de 20% de celles qui trouvent », note Marie-Josèphe Verduron. Autre conséquence de la pénurie et de l’augmentation inconsidérée des loyers ces dernières années : les résidantes sont souvent obligées de chercher aux portes de Paris, au Nord et à l’Est, voire en petite couronne. Fini le temps où elles trouvaient facilement à proximité du foyer. « De plus, beaucoup nous disent visiter des appartements en très mauvais état, explique Michèle Dancette. Nous les prévenons et leur conseillons de ne pas accepter n’importe quoi. » Point important à souligner : en 2005 comme les autres années, une partie non négligeable des résidantes (10%) ont obtenu un logement social à Paris. « Ce sont souvent des jeunes qui ont déposé une demande depuis plusieurs années et qui vont de foyer en foyer en attendant qu’on leur attribue un appartement, poursuit la directrice. Nous avons aussi quelques résidantes qui trouvent par l’intermédiaire du 1% patronal. »

Quel loyer ?

Plus de 60% des résidantes ayant pris un appartement ou une chambre ont un loyer inférieur à 500 euros. « Cette année encore, ce sont plutôt les loyers les moins chers qui ont été privilégiés », constate Marie-Josèphe Verduron. Seulement 22% des résidantes peuvent se permettre de payer plus. En général, il s’agit de jeunes dont la situation personnelle et professionnelle s’est stabilisée durant leur séjour au foyer. « Nous constatons une fracture sociale qui tend à s’aggraver, peut-on lire dans le rapport d’enquête. Plus de la moitié (58%) des résidantes qui quittent le foyer, doivent se « contenter » de solutions peu satisfaisantes, qui restent onéreuses pour des petits budgets ». La demande pour les petites surfaces étant importantes, les propriétaires louent souvent très chers des chambres et des studios qui peuvent être mal situés, peu lumineux, bruyants ou encore en mauvais état. « En revanche, 29% des jeunes bénéficient d’un budget et de conditions relativement « confortables » pour leur permettre de prétendre à une solution de logement acceptable. »

Comment trouvent-elles ?

Majoritairement, les résidantes trouvent par le bouche à oreille : un collègue de travail, un ami, parfois une ancienne résidante, libère un logement ou connaît quelqu’un qui déménage… « Quand elles quittent le foyer pour s’installer, on leur demande de nous prévenir le jour où elles libèrent un appartement ou si elles entendent parler de quelque chose, explique Marie Josephe Verduron. Et cela fonctionne plutôt bien. » En 2005, seulement 8% des résidantes ont trouvé grâce aux petites annonces, 12% grâce à une agence. « C’est beaucoup moins qu’avant », note Marie-Josèphe Verduron qui souligne que cette prédominance du bouche à oreille s’accompagne d’un allongement de la durée de prospection ces dernières années. « Grosso modo, elles mettent entre 8 mois et un an pour quitter le foyer. »

Les leçons à en tirer

Même si elles ne surprennent pas l’équipe du foyer, ces données qui font l’objet d’un bilan annuel, ont permis de mieux adapter le travail d’accompagnement vers le logement autonome aux besoins des jeunes. Dès leur arrivée au Foyer l’Oasis, les résidantes sont encouragées à préparer leur départ, à fortiori les jeunes qui comptent s’installer en région parisienne. Outre l’accès gratuit à Internet dans le foyer, des réunions d’information sont organisées tout au long de l’année pour les aider à chercher un logement, pour les informer sur les pièges à éviter, les obligations auxquelles elles devront faire face (loyer, charges, taxe d’habitation…). « Nous voulons qu’elles vivent au mieux leur séjour mais nous leur faisons aussi comprendre qu’elles doivent rapidement penser à préparer l’après foyer, explique Michèle Dancette, la directrice. Cela nous a aussi conduit à être plus souples sur les dates de départ qui peuvent être ajustées mais aussi sur la durée de séjour même si, pour chaque prolongement, on demande que la résidante justifie d’un projet, explique pourquoi elle veut rester. »


• Pour consulter la fiche du Foyer l’Oasis, cliquez ici.
• A lire aussi, la brève : « La Fondation Abbé Pierre souligne les difficultés de logement des jeunes » (février 2006).


 

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