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Prévenir les conduites à risques des jeunes grâce au jeu théâtral

Juin 2008

« Pas si simple… mais pas si compliqué non plus ! », tel était le thème de l’intervention théâtrale autour de problématiques liées à la contraception, la sexualité et la relation amoureuse, initiée avec les résidantes du Service social breton (Paris 15e) le 4 juin dernier. Sylvie Darrasse, directrice du foyer, revient sur cette expérience enrichissante.


Qu’est-ce qui a motivé cette action ?

Nous accueillons des jeunes femmes de la tranche des 18-25 ans et, outre l’hébergement, tentons de répondre aux préoccupations qui se posent à elles, au seuil de l’âge adulte. Egalité professionnelle, prise de risque en matière de sexualité, régimes alimentaires excessifs, etc., les questions s’avèrent multiples ! Leur traitement nécessite de recourir à des partenaires spécialisés, mais aussi de trouver des modes d’intervention qui captent l’attention des résidantes du foyer. Ainsi, nous avons sollicité la compagnie théâtrale Entrées de jeu pour mettre en débat avec les jeunes des thèmes liés à la contraception, la sexualité et la relation amoureuse. Cette action s’inscrit dans le cadre de projets conjoints menés avec les résidantes : l’un sur la prévention des comportements à risques, l’autre sur l’image de la femme et sa place dans la société – intitulé « Etre une femme aujourd’hui » (voir encadré).

Comment s’est déroulée l’intervention théâtrale ?

D’une durée d’environ deux heures, elle a été organisée en soirée avec comme accroche « Pas si simple… mais pas si compliqué non plus ! », fil conducteur proposé par Entrées de jeu pour aborder la prévention du sida et des maladies sexuellement transmissibles, la sexualité et les relations affectives. L’intervention s’est déroulée en trois temps et les acteurs ont, en premier lieu, proposé des scénettes autour de situations comme « le premier pas », « la tentative de rupture » ou « première nuit ». La scène étant ensuite rejouée par les comédiens, les résidantes ont été invitées avec beaucoup de tact à soumettre leur propre point de vue sur la situation représentée, voire à l’expérimenter sur scène. Dans un troisième temps, les acteurs ont repris chaque suggestion de manière professionnelle et humoristique. Une fois toutes les scénettes jouées et en guise de conclusion, les comédiens ont dégagé les points forts de l’intervention et fourni des repères par rapport aux thématiques abordées. A titre d’exemple, ils ont souligné l’importance de l’écoute de l’autre dans la relation amoureuse et rappelé l’existence de la pilule du lendemain comme moyen de contraception d’urgence.

Quel a été son impact auprès des jeunes ?

Cette action a remporté un franc succès et bénéficié de nombreux retours positifs de la part des résidantes, on l’a notamment constaté au travers des questionnaires remplis par les jeunes qui quittent le foyer. La convivialité des échanges a désinhibé les résidantes du foyer et, parmi la trentaine de jeunes présentes, cinq se sont prêtées au jeu et se sont mises en scène. Il faut dire aussi que les comédiens, qui travaillent habituellement avec des collégiens, se sont totalement adaptés à notre public, avec une grande maîtrise des sujets évoqués. J’ajouterai que ce mode d’intervention théâtrale est intéressant dans le sens où il se démarque d’une représentation classique. Il permet, de façon à la fois interactive, ludique et pédagogique, de traiter de questions qui, au premier abord, semblent inextricables ou tabous et de donner des informations pour prévenir certaines situations à risques.

Comment avez-vous préparé les modalités de cette intervention ?

Comme évoqué précédemment, nous travaillons sur la prévention des conduites à risques chez les jeunes en partenariat étroit depuis un an avec la Direction de l’action sociale, de l’enfance et de la santé de la Ville de Paris (DASES), en particulier, et sur des axes de prévention relatifs à la sexualité et à l’image de soi. Ces thèmes rejoignent les questions soulevées par le projet « Etre une femme aujourd’hui », initié par l’équipe socio-éducative du foyer. Au fil des actions menées, il est apparu nécessaire de travailler sur les facteurs de vulnérabilité qui peuvent conduire les résidantes à adopter des comportements à risques. Sur proposition de la DASES, la compagnie Entrées de jeu a été sollicitée pour susciter de manière conviviale l’intérêt des résidantes, les échanges entre elles ainsi que leur prise de position sur des sujets qui les touchent. A partir de la trame d’un spectacle de débat théâtral d’Entrées de jeu sur les problématiques liées à l’entrée dans la sexualité et à ses conséquences, nous avons sélectionné les scénarios qui correspondaient le mieux aux thèmes que nous souhaitions voir aborder. Dans le souci d’adapter son intervention, la compagnie a beaucoup dialogué avec l’équipe socio-éducative du foyer sur la spécificité du public accueilli. Cette préparation a été réalisée en concertation avec les partenaires impliqués dans les actions de prévention au sein du foyer.

Prévoyez-vous des suites à cette action ?

Globalement et sur les deux projets, le programme « Etre une femme aujourd’hui » se poursuit et, autre forme d’implication des jeunes, nous venons de terminer le film réalisé avec les résidantes à partir de scénarios écrits par leurs soins. Concernant la prévention des conduites à risques chez les jeunes, l’intervention théâtrale du 4 juin dernier clôturait les actions initiées avec la DASES, il nous reste à faire le bilan. Dans la continuité, nous envisageons de travailler avec le Centre régional d’information et de prévention du sida (CRIPS) Ile-de-France. Nous souhaitons également appliquer à d’autres thèmes le principe du débat théâtral. Ce dernier représente, par son interactivité, un formidable vecteur pour éveiller l’intérêt des résidantes aux activités proposées par le foyer et dédramatiser les questions qui les préoccupent, sans les banaliser.

« Etre une femme aujourd’hui », un projet du Service social breton

Ce projet sur l’image et de la place des femmes dans la société, mené au Service social breton depuis la fin 2007, tire ses origines d’une inquiétude de l’équipe éducative du foyer face aux troubles alimentaires de nombreuses résidantes. Ces comportements peuvent, en effet, présenter des risques pour la santé des jeunes mais aussi refléter un malaise lié à la tentation de se conformer à tout prix à un modèle de beauté. Dans le prolongement des actions réalisées sur l’alimentation et la nutrition, il est apparu primordial d’inciter les résidantes à réfléchir sur les stéréotypes féminins (et masculins) qui, outre créer un mal-être, peuvent les empêcher de faire des choix dans leur vie personnelle, sociale et professionnelle. Le programme « Etre une femme aujourd’hui » a pour objectif de fournir aux résidantes les outils et informations utiles à cette réflexion ainsi que des clés pour appréhender au mieux les situations problématiques qu’elles sont susceptibles de rencontrer en tant que femmes. Cette initiative se décline autour de plusieurs thèmes : les femmes et leur corps, la sexualité, les violences faites aux femmes, le travail et l’emploi au féminin. Elle recourt à des moyens d’expression variés : la photographie, le modelage, l’écriture de scénarios, la danse, le théâtre, des débats avec un psychothérapeute portant notamment sur l’image du corps. Avec l’appui de professionnels de tous horizons, cette démarche se poursuit jusqu’à la fin de l’année et implique largement les jeunes, en particulier dans les ateliers créatifs et les débats.


 

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